Mon vrai cv

Je suis né le 9 février 1968 à Pont-l’Abbé dans le Finistère et j’ai grandi dans un village à la campagne non loin de la mer, pour situer, au sud de la Bretagne, très à l’ouest en France.

Mes parents étaient paysans. Une vie passée au travail dans les champs. Je suis tard venu d’une famille de huit enfants. J’ai grandi à la campagne, dans une petite ferme traditionnelle. On parlait breton autour de moi. Pas moi. Depuis aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir rêvé tout ça et d’appartenir à une autre époque. C’est loin maintenant.

Il y avait peu de livres à la maison. Quelques bandes-dessinées qui traînaient. Les bords étaient écornés. Je me revois parcourir ces cases de Tintin avant de savoir lire, ou au-dessus des personnages flottaient les bulles arrondies et leurs queues pointues hérissées vers les têtes des personnages. Un brin menaçantes.

Plus tard je parcourais le pays en vélo un peu comme, disons, un animal. J’aimais les paysages. Monter. Descendre. Je participais vers l’adolescence aux course de vélo le dimanche, de celles qui tournent sans fin autour des clochers de village bretons tandis qu’un vendeur de confiseries vante sa marchandise aux spectateurs en remontant le parcours dans l’autre sens. J’appuyais de toutes mes forces sur les pédales. Rien n’y faisait, la pente était rude. Bon. Et l’effort intense, évident. C’était bien. Je n'avais pas peur.

Je voulais faire de la bande-dessinée depuis toujours. Devenir dessinateur. Je ne suis pas très doué pour le dessin. C’est vrai. La volonté prime. C’est vrai. Comme toujours. Peu après avoir passé mon bac je me suis inscrit à l’école des beaux arts à Quimper pour étudier le dessin. J’étais essentiellement attiré par le dessin et la peinture et cela ne s’est pas démenti par la suite. Au sortir de l’école, diplôme en poche. Je suis allé vivre à Rennes ou par chance, je me suis tout de suite retrouvé dans un vaste et bel atelier. Nous étions au début des années 90.

La peinture me faisait rêver. Je voyais la peinture comme une déesse mélancolique. J’ai recherché peut-être trop fébrilement mon système pictural à cette époque, le mot impatience me vient à l’esprit : « A cette époque, son amour de l’avenir était impatient et furieux, comme celui de la mère qui ébouriffe un peu trop brutalement les boucles de son enfant, ignorant ses cris, afin qu’il soit parfait pour l’école. (1) »

Trop impatient et trop obsédé par l’intention de découvrir ma voie. Trop ceci. Trop cela. J’ai vécu à Rennes sept ans en faisant de la peinture et quelques expositions. C’est une ville que je n’ai pas aimé. Je ne sais pas pourquoi. Et alors ? Je suis parti fâché avec elle. Je suis rentré vers mes lieux d’enfance. C’est politique, en un sens, d’aller voir la mer.

Retour calme dans le Finistère avec amour et vide autour de moi. Atelier dans une ancienne scierie abandonnée. « scierie Gloaguen » du nom de l'ancien propriétaire. Mon plus bel atelier sauvage, parmi la broussaille, les ajoncs, le bois pourrissant. Plein de planches par terre aux clous rouillés à vous chatouiller les pieds. Peinture entre 1997 et 2001. Naissance de ma fille en 1999. Et puis un autre atelier depuis 2001 et aujourd’hui. Au fil des années s’est dégagé un intérêt croissant pour les imageries populaires et notamment celles où le graphisme prend toute sa place. J’y regroupe pêle-mêle : le dessin surréaliste, la vulgarité, la peinture des années 80, le graphisme ordinaire, la bande-dessinée, l’univers numérique. À propos de l’univers numérique, il est vrai que je passe de plus en plus de temps devant l’ordinateur à «traiter» les images à l’aide d’une tablette graphique et un peu moins à l’atelier. Je souhaiterais orienter le traitement de ma peinture vers la restitution suggérée des effets de «pixels», des écrans, des couleurs vives et de leur scintillements.

Beaucoup de tableaux à cette période qui voudraient évoquer l’univers numérique comme celui de la bande dessinée. Ils sont tous retournés depuis 2009. Je me suis absorbé depuis cette date dans un long projet de bande dessinée au long cours.

J’ai peu exposé mon travail de peinture. Je préfère faire les choses plutôt que de les montrer. C'est un tort.

Depuis janvier 2009, je fais uniquement de la bande dessinée. Je réalise une planche par semaine diffusée le dimanche par mail à un groupe d’abonnés. L’histoire et le dessin se développent au fil du temps de manière improvisée. De moins en moins improvisée.

Trouver un chemin parmi l’infinité des points qui se trouvent sur une page blanche. Cases et bulles. Je regarde des séries télé pour trouver des idées. Je lis. Je rêve.

(1) De William T. Vollman. Central Europe . Éditions Actes Sud.

 

 

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